Les traumatismes sexuels

Mon corps, c’est MON corps !

Vous ne laissez généralement pas un inconnu franchir le seuil de votre porte sans l’avoir autorisé, n’est-ce pas?

Pourquoi? 

Parce que c’est chez vous.

Avec votre corps, c’est la même chose. Vous ne laisseriez pas un inconnu vous toucher ou  essayer d’avoir un moment d’intimité avec vous sans avoir donné votre consentement.

Mais entre nous…avec tout ce qui se passe chaque jour dans ce monde, il semblerait bien que le respect du corps d’autrui soit une exigence foutue à la poubelle.

Violagression sexuelleattouchements sexuels : ces mots qui font froid dans le dos et contre lesquels nous pensons à tort être immunisés. Mais la réalité est toute autre….ces horreurs sont bien réelles et nous affectent bien plus qu’on ne le pense. Les hommes ne sont bien sûr pas épargnés par celles-ci mais, la majorité des victimes sont des femmes.

Nous discutons quasiment tous les jours avec un tas de personnes sans savoir que celles-ci en ont été victimes.

Mais comment pouvez-vous le savoir?

  • Ce n’est pas un sujet de conversation anodin
  • Ce n’est pas écrit sur leur front

Les abus sexuels sont des fléaux qui gangrènent la société et qui malheureusement, sont perpétrées, dans la majorité des cas par des personnes de notre entourage. L’oncle/La tante, le cousin/la cousine, le frère/la sœur, « l’ami de la famille », « l’ami » tout court…

Comme le dit un célèbre proverbe « On est jamais trahi que par les siens » et c’est malheureusement bien vrai.

Tout au long de nos vies, nous vivrons des évènements douloureux difficiles dont nous nous remettrons, pour la plupart.

Cependant, lorsque cet événement douloureux est un viol, une agression et donc une atteinte à notre intégrité physique, notre intimité, nous nous en remettons très difficilement.

On aura beau essayer tant bien que mal de panser cette plaie, il suffira d’un son, d’une image, d’une situation qui évoque l’abus pour que la plaie se remet à saigner.

N’oubliez pas que vous n’êtes pas seules dans cette lutte et qu’il y a des solutions pour vous en sortir. J’ai la ferme conviction que vous êtes capables de vous en sortir et de guérir. Pour cela, je vais vous donner des pistes pour entamer le processus de guérison.

Mais d’abord, je vais établir le lien entre les traumatismes sexuels et le vaginisme.

 

  1. Vaginisme et traumatismes sexuels : Quel(s) rapport(s)?

Notre corps est un extraordinaire instrument qui nous permet de faire un tas de choses chaque jour. Toutefois, lorsqu’un intrus tente d’y avoir accès sans y avoir été invité, celui-ci se retrouve alors traumatisé, blessé et se ferme en conséquence.

Que ce soit par le toucher ou par une tentative de pénétration forcée (non consentie) celui -ci est bouleversé et ce choc restera ancré en lui.

Par pur mécanisme de défense, à chaque fois qu’une situation similaire (qu’elle soit consentie ou non) se présentera, celui-ci et plus particulièrement le vagin se fermera et par conséquent, ne sera pas accueillant.

Il est donc logique qu’une femme qui a vécu un traumatisme sexuel puisse souffrir de vaginisme.  Du fait de la violence subie, son cerveau assimile tous les rapports et contacts sexuels (consentis ou non) à un danger dont le vagin doit absolument se protéger.

Les rapports sexuels avec un(e) éventuel(le) partenaire sont alors craints parce qu’ils représentent un danger pour la femme qui a été victime d’abus sexuels.

C’est comme si son cerveau avait enregistré l’équation « Rapport sexuel = viol/agression »

Ce qui distingue un rapport sexuel normal d’un viol c’est le consentement. Cependant, lorsqu’il y a eu un traumatisme sexuel, le cerveau ne distingue plus le viol du rapport sexuel normal.

Toute tentative de pénétration sera alors considérée comme un danger : les muscles du périnée se contracteront et la pénétration deviendra douloureuse voire impossible.

Un traumatisme sexuel laissent de lourdes séquelles autant physiques que mentales. Il est alors difficile de « s’ouvrir » et d’accepter la pénétration parce que celle-ci a été, à un moment donné, imposée.

Le vaginisme peut avoir plusieurs origines mais lorsque celui-ci a pour origine un abus sexuel, le processus de guérison peut s’avérer beaucoup plus long.

Il faut travailler sur le traumatisme en lui-même pour que la femme puisse entamer son processus de guérison du vaginisme.

Il est évident qu’on ne peut pas retourner dans son passé et changer notre histoire. Ce qu’on peut néanmoins faire c’est changer les rapports qu’on entretient avec son traumatisme.

Il ne faut ni chercher à faire comme si de rien n’était, ni à minimiser ce qui nous est arrivé.

Ce qu’on doit faire c’est se confronter à son traumatisme et travailler sur lui pour s’ouvrir à nouveau et avoir une sexualité et une vie épanouie.

  1. Comment se réconcilier avec son passé et mieux vivre avec le traumatisme?

Vous avez été trahies par une personne qui était censée vous aimer, vous protéger. Il est normal que vous en souffrez et que vous soyez tentées de vous refermer sur vous-mêmes. Mais vous avez aussi le droit le droit de vous reconstruire et de vous réapproprier votre corps. 

Même si l’abus ou les abus sexuels appartiennent au passé, il est nécessaire voire vital que vous travaillez dessus pour vous en sortir. Bien sûr, vous ne serez pas seules dans ce processus et je vais vous donner des pistes pour vous en sortir. 

Première étape : Vivez pleinement vos émotions

Un abus sexuel engendre beaucoup d’émotions et plus particulièrement des émotions négatives : peur, tristesse, dégoût, culpabilité et bien d’autres.

Mais ces émotions, lorsqu’elles sont enfouies au plus profond de nous, peuvent nous détruire. Il est alors nécessaire de les extérioriser.

Si vous voulez pleurer, pleurez. Si vous vous voulez crier dans une forêt, allez-y et criez aussi fort que vous le pouvez. Si vous voulez taper dans un punching-ball, ne vous retenez pas et tapez dedans aussi fort que vous le pouvez.

Le but est de ne pas garder la souffrance enfouie en nous et de ne surtout pas chercher à se faire du mal. Pleurer, crier ou taper dans un punching-ball ne fera pas disparaître le traumatisme pour autant. Mais ça permettra quand même de se libérer.

Deuxième étape : Ne culpabilisez surtout pas

« Si tu avais dit non, ça ne serait pas arrivé »

« Si tu ne t’étais pas habillée comme ça, ça ne serait pas arrivé »

Ces paroles ne vous rappellent-t-elles rien?

Ah oui ! Ce sont des paroles de personnes qui n’ont (pour la plupart) jamais été victimes d’abus sexuels !

Ces personnes oublient que la dynamique même de l’abus sexuel repose sur la contrainteQue la violence ait été  utilisée ou pas, la contrainte est telle que vous n’étiez pas en mesure de dire non. Même si vous n’aviez pas dit non, cela ne signifie en aucun cas que vous étiez consentantes.

Je sais que la plupart des abus sont perpétrés dans l’enfance justement parce qu’un enfant ne fait pas encore la distinction entre le bien et le mal. Par conséquent, la contrainte, il ne se saura pas de tout de suite qu’il a été victime d’abus.

Vous êtes la victime et la personne à blâmer n’est pas vous mais bien la personne qui a abusé de vous.

Je sais qu’on peut parfois se poser des questions et se demander ce qu’on aurait pu faire pour que cela nous arrive pas. Mais cela nous est arrivé et ce n’est pas notre faute pour autant.

N’oubliez jamais : Vous n’êtes en aucun cas responsables de ce qui vous est arrivé.

Troisième étape : Confiez-vous/Parlez-en à une personne de confiance 

Pour se réconcilier avec son passé douloureux, il faut en parler à quelqu’un. C’est sûrement la chose la plus difficile à faire dans le processus de guérison. Ce n’est pas anodin et tout le monde ne comprendra pas. En parler à des proches peut être rassurant  et libérateur mais il faut tout de même rester sur ses gardes : si la personne à laquelle on se confie a vécu la même chose, elle comprendra et vous pourrez vous soutenir mutuellement. Si la personne à laquelle vous vous confiez n’a pas vécu la même situation, soit elle vous comprendra soit elle cherchera à minimiser votre traumatisme et cela vous blessera encore plus.

Le but n’est pas d’être blessée à nouveau mais de s’en sortir pour vivre une vie épanouie et une sexualité épanouie.

Quatrième étape : Faites-vous aider par un professionnel qui maitrise le sujet des traumatismes sexuels 

Faire appel à un professionnel calé sur le sujet vous permettra d’être davantage en confiance pour en parler. 

Pour ma part, j’avais fait appel premièrement à un hypnothérapeute, qui m’avait été recommandé par une sage-femme.

Je n’ai fait qu’une séance mais celle-ci, par le biais de l’hypnose m’a permis en quelque sorte de vivre pleinement les émotions qui entouraient mon traumatisme (notamment la peur et la tristesse) et  de me débarrasser de la charge émotionnelle qui entourait celui-ci . Cela m’a permis d’ouvrir une porte à la réconciliation entre la jeune adulte que je suis actuellement et la petite fille que j’étais au moment du traumatisme.

Ensuite, j’ai été suivie par un psychologue exerçant dans le cadre de la médecine  préventive de mon université.

3. Ma petite histoire

Je n’avais que 3 ou 4 ans lorsque les faits se sont produits (je ne me souviens plus de l’âge exact). Je ne sais plus exactement ce qui s’était passé mais je me souviens avoir ressenti une vive douleur au niveau de mon sexe. Une douleur sourde, intense, comme si quelqu’un avait essayé de déchirer (désolée pour le terme cru) l’entrée de mon sexe de petite fille. La personne qui m’a fait cela est un membre de ma famille proche que je côtoie toujours. De mes 4 ans jusqu’à mon adolescence, mon cerveau avait occulté cet épisode  sombre de ma vie.

Lorsque j’ai commencé à entrer dans l’adolescence et ainsi commencé à prendre conscience de mon sexe et de la sexualité en général, j’ai fini par comprendre. J’ai compris ce qui m’était arrivée et j’ai compris que j’avais été victime d’abus sexuels. Ça a été un choc total et même à l’instant où j’écris ces mots, j’essaye encore de comprendre comme cela a pu arriver.

J’ai eu la confirmation que j’avais été agressée lors de mon premier rapport sexuel. J’étais prête psychologiquement mais mon corps, manifestement pas. Au moment de la pénétration je me souviens avoir ressenti une douleur insoutenable. Celle-ci était la même que que celle ressentie pendant mon agression. Une douleur qui crispe le visage et qui donne envie de pleurer toutes les larmes de son corps.

Inutile de préciser qu’après une première fois aussi douloureuse, j’étais dans la fuite totale de tout rapport. Je ne voulais plus jamais ressentir une telle douleur et pour moi, si le sexe se résumait à  « ça » alors je préférais ne pas avoir de rapport du tout.

La cause initiale de mon vaginisme était mon abus sexuel. D’autres causes, que je développerai dans les prochains articles, ont été mises en jeu également.

J’ai été profondément bouleversée et en même temps fascinée de voir à quel point mon corps, après toutes ces années, n’avait pas oublié cet événement douloureux.

Mais aujourd’hui ça va beaucoup mieux, je suis capable d’aborder le sujet de mon traumatisme beaucoup plus facilement.

Si cela n’avait pas été le cas, je n’aurai pas trouver le courage d’écrire cet article qui me tient beaucoup à cœur.

 

Article rédigé par Monica G